Punir la souffrance ter

Sur un forum d’infirmiers/ères en psychiatrie, petite conversation entre infirmiers/ères…

L’une déplore le fait que la pratique de mise en pyjama des patient-e-s pénètre de plus en plus les services de psychiatrie.
Réponse d’un infirmier : « Nous c’est pyjama en isolement ou si sanction, sinon habillage obligatoire maxi après le p’ti déjeuner. »
L’infirmière :  « Si sanction » !!! On n’est pas en correctionnelle.  »
L’infirmier : « Pour une patiente qui reste à l’année, quand elle fugue en ville, la « sanction » ou « punition » ou « réponse » médicale est souvent le pyjama.
Bref elle le perçoit comme une sanction. 😉 »

Le mec est censé être soignant, pas flic ni maton, mais il assume punir les patient-e-s. Et lorsqu’une infirmière, plus au fait de la mission qui incombe aux soignant-e-s, lui fait remarquer l’incongruité de son affirmation, il réitère, tranquille pépère, et accompagne le mot « sanction » du mot « punition ». Et puisqu’on vient de lui rappeler quand même qu’il ne travaille pas en correctionnelle mais en hôpital, il rajoute « réponse médicale » pour faire joli. Sauf que la réponse n’a rien de médicale, elle n’est que punitive, répressive. Au moins le type en a conscience. Même qu’il l’assume, et ça ne semble pas lui poser de problème particulier niveau éthique.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est qu’après avoir lui-même utilisé les mots « sanction » et « punition », il vient parler de la patiente, qui, cette pauvre folle dont la perception de la réalité est déformée par sa maladie mentale, le vit comme une sanction. Ben ouais banane, puisque c’en est une, et que tu es même le premier à l’affirmer (ceci dit, la même pratique mais dont les soignant-e-s parlent comme étant thérapeutique et médicale, est tout autant une punition, avec juste une bonne couche d’hypocrisie et/ou de déni par dessus).

Mais penchons-nous un peu sur la raison pour laquelle cette patient-e est punie. A-t-elle frappé quelqu’un, volé, tué ? Non (et si c’était le cas, ce ne serait de toute façon pas le rôle d’un-e infirmier/ère de la punir). Elle a « fugué » du service. D’un endroit où on trouve normal de déshabiller les gens de force pour les punir. Personne ne semble s’interroger sur le fait que les tentatives de fuite de cette patiente sont juste normales, qu’il est tout à fait sain de s’échapper d’un lieu où la violence est banalisée. Ce que vous punissez là, c’est la partie saine de la personne, celle qui sait se protéger des violences.
Et si vous faisiez en sorte que les patient-e-s n’aient plus envie (besoin !) de « fuguer » ? Pas en les enfermant et en les punissant, mais en rendant les lieux de soins plus accueillants, bienveillants et contenants que le monde extérieur ? C’est à dire en faisant votre travail, tout simplement.

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