La dérive des petites cases neurologiques

Que l’autisme soit une particularité neurologique, sans doute (même si je rappelle qu’à ce jour, même si on sait qu’il y a une part importante de neurologie et de génétique dans l’autisme, on ne sait toujours pas quelle est la part d’environnemental ni si elle existe ou non). Qu’il y ait des particularités neurologiques qui favorisent l’hyperactivité et/ou la difficulté de concentration, que des gens n’aient pas envie de s’interroger sur la dimension psychodynamique possiblement à l’œuvre dans leurs difficultés à s’exprimer à l’oral ou à l’écrit (« troubles dys ») ou autres particularités, à la limite pourquoi pas.

Mais cette course à la biologisation des particularités psychiques et à la psychologisation des particularités sociales ne s’arrête pas là. Voilà qu’on nous a pondu, très sérieusement, de nouvelles petites cases de la « neurodiversité » : la « Social Dominance Orientation » (orientation sociale dominante) et la « Right Wing Authoritarianism » (mentalité autoritaire de droite). Sans blague. Il s’agirait de gens typiquement autoritaires, de droite, qui conforteraient les dominations ou accepteraient de les subir.

Idée confortablement relayée par des gens qui prétendent lutter contre la psychophobie et qui se disent anticapitalistes : Sur la page de Ta Psychophobie m’envahit. Et de s’interroger sur la neurologie de telles personnes et la part d’inné de cette particularité neurologique…

Bonjour la dépolitisation totale des questions de domination sociale, de construction psycho-sociale, d’intégration des oppressions… Non, tout cela n’existe pas voyons, si vous votez à l’extrême-droite, si vous êtes un militant masculiniste misogyne, si vous êtes transphobe jusqu’au bout des ongles, ou si vous êtes une personne opprimée qui ne lutte pas contre ces oppressions, c’est parce que vous avez un type de personnalité particulière due à votre neurologie. Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire…

Mais du coup, si on va dans cette logique, voter à l’extrême-droite ou être misogyne, c’est quelque chose dont on est pas responsable, puisque c’est inné et neurologique ? Et si ça doit être traité, ce n’est pas politiquement mais thérapeutiquement (avec une thérapie comportementale je suppose, puisque en dehors de la TCC il n’y a point de salut) ?

J’en arrive à me demander jusqu’où ira cette dérive des petites cases neurologiques, qu’on nous présente comme la clef du mieux-être et de la déstigmatisation, et où je ne peux m’empêcher, encore et toujours, de lire exactement le contraire, c’est à dire une vision du monde étriquée, totalitariste et anti-pensée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :