Anticapitalisme, anti-classisme et anti-xénophobie : pourquoi choisir ?

Régulièrement, je vois passer des articles mettant en avant des immigré-e-s et réfugié-e-s exerçant des métiers considérés comme honorables (tel Afghan devenu danseur professionnel, tel Palestinien devenu cardiologue, telle Romni de Roumanie devenue professeure…), et ces articles sont relayés par des gens sincèrement progressistes et de gauche, dans le but de contrer l’argument xénophobe selon lequel les immigré-e-s et réfugié-e-s viendraient en France pour profiter des aides sociales en se tournant les pouces.

Personnellement, le partage de ces articles m’a toujours mise mal à l’aise. Quelque chose me dérangeait profondément, sans que je n’arrive à cerner exactement ce qui me posait problème. Jusqu’à ce que je mette le doigt dessus.
Ces partages s’appuient sur l’idée qu’une personne qui vit grâce à la solidarité a quelque chose à se reprocher, que quelque part, ce n’est pas bien, et que seules les personnes qui travaillent sont respectables, ou à minima qu’elles sont plus respectables que les autres…

Bref, elles refont sien un des arguments des réactionnaires de droite pour contrer un autre de leurs arguments…

Personnellement, je souhaite qu’on accueille aussi – et aussi bien que les autres – les personnes qui viennent en France « pour » bénéficier d’aides solidaires. Je ne vois pas comme moins acceptable la personne malade qui vient ici pour se faire soigner parce que dans son pays elle n’en aurait pas les moyens faute de sécurité sociale, ou la personne handicapée qui, arrivée en France, fait des démarches pour faire reconnaître son handicap et recevoir de quoi vivre, ou la personne qui n’est pas en mesure de travailler (parcours traumatique grave, autre raison) et reçoit un minimum pour survivre, que la personne qui vient avec ses diplômes de hautes études de privilégié-e exercer un métier CSP+.

Parce que force est de constater que les métiers mis en avant sont, en plus, toujours des métiers bourgeois. On ne met pas en avant l’ouvrier du bâtiment, la femme de ménage ou le soudeur, fussent-ils excellents dans leur domaine… On reprend donc non seulement l’idéologie méritocratique et capitaliste qui accorde plus ou moins de valeur à une personne selon qu’elle travaille ou non, mais aussi l’idéologie bourgeoise pétrie de mépris de classe selon laquelle il y aurait des métiers plus estimables que d’autres : non pas les plus utiles à la société, mais ceux dont les salaires et/ou le prestige social sont les plus élevés.

Si je refuse l’idéologie qui tend à considérer que les gens ont plus ou moins de valeur selon le métier qu’ils ou elles exercent, classant la personne au RSA comme inférieure à l’ouvrier, lui-même inférieur au médecin ou au chef d’entreprise, je ne vois pas pourquoi poser une telle inégalité de dignité deviendrait soudainement acceptable dès lors qu’il s’agit de réfugié-e-s ou d’immigré-e-s… Mon anticapitalisme, ma critique de la pensée méritocratique et des préjugés de classe ne disparaissent pas comme par magie dès lors que l’on ne parle plus de personnes ayant la nationalité française.

Autant je n’ai aucun problème avec le fait de contrer les idées reçues sur l’immigration en rappelant que les immigré-e-s apportent plus d’argent à la France via leur travail et leurs impôts qu’ils et elles ne lui en prennent via les aides sociales, autant il est pour moi hors de question de dénigrer le droit à ces aides sociales et les personnes qui y ont accès (ou devraient y avoir accès). À vrai dire, je n’aurais aucun problème avec le fait de mettre en avant le parcours incroyable de tel-le réfugié-e étant parvenu-e à exercer un métier difficile suite à de longues études après avoir surmonté tous les dangers de la route vers l’Europe, si nous ne vivions pas dans une société qui établit des hiérarchies de valeurs entre les personnes et dénigre constamment les personnes au chômage, au RSA ou bénéficiant de n’importe quelle autre aide sociale.

Le risque étant de justifier les politiques de tri aux frontières, qui visent à ne laisser entrer que les immigré-e-s et réfugié-e-s diplômé-e-s et en bonne santé, et de refouler celles et ceux qui ont le plus besoin d’aide, d’assistance et d’accueil. L’idée sous-jacente et elle aussi terriblement problématique est que la valeur d’une personne se limite à sa valeur économique, en mettant de côté les qualités éthiques d’une personne, ses apports culturels, et tout simplement son droit à la dignité et à une vie sécurisée, quelques soient ses capacités physiques, psychiques et sociales.

Pour moi, un-e migrant-e qui a réussi, c’est un-e migrant-e qui est arrivé-e en France vivant-e et pas complètement traumatisé-e par son parcours à travers les pays et les mers.

Bref, là encore, la nécessité d’une convergence des luttes s’impose. Lutte pour les droits des migrant-e-s et des réfugié-e-s, quelques soient leurs diplômes, leur état de santé, leurs capacités intellectuelles… Lutte contre le capitalisme, l’idéologie méritocratique et le classisme, qui trient les êtres selon des valeurs de marché et de vertu bourgeoise.

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1 commentaire

  1. Tout à fait d’accord ! On retrouve les mêmes préjugés pour les femmes. On ne parlera d’une femme réalisatrice ou avocate que si elle est fantastique dans son domaine. Les femmes seront à égalité avec les hommes lorsqu’elles auront le droit d’être aussi « nulles » sans subir de sexisme.

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